CIRCUMLOCUTIO / CIRCONLOCUTION
Périphrase.
< Manchette : Mérite de la Périphrase.>
La Périphrase est toute contraire à la Figure dont je viens de parler. L’Emphase dit beaucoup de choses en peu de mots, & quelquefois en un seul. La Périphrase étend & développe par un nombre considérable de paroles ce qu’elle évite de nommer. Par cette définition il pourroit paroître, au premier coup d’œil, que la Périphrase seroit plutôt un vice de style qu’un vrai mérite : & en effet le mot de circonlocution, qui signifie la même chose, ne porte pas dans notre langue une idée avantageuse. Pourquoi exprimer en plusieurs mots ce que l’on peut dire en un seul ? La propriété des termes n’est-elle pas une vertu fondamentale dans le discours ? Et comment l’allier avec une Figure, qui consiste à s’abstenir du mot propre, pour y substituer un tour d’expressions ?
Tout cela pourroit être vrai, si [t. II, p. 203] l’Orateur ne se proposoit d’autre but que de se faire entendre. Un discours purement philosophique, des préceptes abrégés & élémentaires ne doivent pas sans doute employer la Périphrase. Mais en Eloquence on veut plaire : on est obligé de ne point choquer l’auditeur. La Périphrase est utile pour le premier de ces deux points : elle est nécessaire pour le second. Dans les cas où il ne s’agit que de plaire, elle est un ornement agréable : dans ceux où il faut adoucir des choses dures & désagréables, elle est une adresse ingénieuse, & une ressource d’un grand prix.